
• LE PORTFOLIO D’ISIS BENCHELLAL •
L’humain pour seule boussole, Isis Benchellal voyage au gré de ses rencontres avec l’envie de raconter des histoires. Discrète, c’est derrière son objectif qu’elle trouve naturellement sa place, révélant les visages et les univers d’artistes ou d’artisans passionnés. Ses images, chaleureuses, douces et vivantes, portent en elles une lumière singulière, profondément inspirée de ses racines marocaines. Interview.
Article rédigé par Léanne Deleury
Peux-tu te présenter ?
Je m'appelle Isis, j'ai 28 ans et je suis photographe indépendante basée à Tours depuis deux ans. Après un master en direction artistique à Paris et une expérience en agence de publicité, j'ai eu envie d'être davantage sur le terrain et de raconter des histoires plus personnelles. Je suis donc revenue à Tours, ma ville d’origine, sans me fixer de frontières. Je photographie là où mes projets m’amènent. Je travaille au numérique comme à l’argentique, une technique qui m’attire de plus en plus.
Quand as-tu commencé ton travail photographique ?
Petite, j'étais déjà passionnée par l'image. Je dévorais les clips et les films, fascinée par leur manière de raconter une histoire et de transmettre des émotions. Très vite, je me suis mise à filmer ce qui m'entourait, à écrire et à réaliser des petits films. Ensuite, la photographie a pris de plus en plus de place dans ma vie. Ma grand-mère m’a offert un petit compact et je passais mon temps à tout photographier. Pourtant, pendant longtemps, je ne me suis pas autorisée à en faire mon métier. Je me suis dirigée vers un parcours plus classique, plus sécurisant. Il y a deux ans, j'ai décidé de sauter le pas pour de bon !
Quels sont tes principaux sujets de photographie ?
J'aime photographier l'humain, au naturel. Je travaille beaucoup avec des artisans et des artistes, comme la plumassière Nelly Saunier ou le sculpteur François Chaillou. Je capture leur processus, leur atelier, et les textures travaillées.
Les gens passionnés me touchent.

Quelle est l'importance de la couleur et de la lumière ?
Je travaille essentiellement en lumière naturelle. La couleur, elle aussi, est primordiale : j'aime travailler mes images dans des tons chauds, doux et vivants. Il m’arrive parfois de m’essayer au noir et blanc également.
Quelles sont tes inspirations ?
Elles sont multiples : je m’inspire du quotidien, des différentes générations, des ombres et des lumières qui s’immiscent. J'admire aussi le travail de photographes comme Pia Riverola pour sa lumière, ses couleurs et son sens du cadrage, Silvana Trevale pour son travail documentaire à travers ses portraits, et Jonathan Bertin pour son travail sur la couleur et son regard sur le quotidien.

Tu manies avec justesse l’art du portrait mais ton regard se pose aussi sur des scènes où l’humain s’efface, quelle est la meilleure façon de décrire ton travail ?
Ce qui m’attire le plus, ce sont les coulisses : les ateliers, les moments cachés et volés, les artistes avant de monter sur scène, tout ce que l’on ne voit pas. C'est ce que je prends plaisir à photographier pour le Prix Joséphine, à l'Olympia, avec qui je travaille depuis plusieurs années, par exemple, ou encore pour Sophye Soliveau à la Philharmonie de Paris. Ayant été photographe de plateau pendant mes études, j'ai appris à me glisser sans que l’on me remarque. C'est exactement ce que j'aime : être présente sans déranger les autres, photographier et retranscrire ce qui est en train de se passer réellement, à l’instant présent.
Pourquoi le Maroc est un pays qui t’inspire ?
C'est un pays qui m'inspire car je suis Franco-marocaine par mon père. Quand j’étais petite, j’allais voir ma famille. J’ai donc grandi avec cette double culture. C'est un pays dans lequel je me sens bien. Je continue de le découvrir et je l'apprécie à chaque fois un peu plus.
J'aimerais que mes photos transmettent ce que j'ai ressenti au moment où je les ai prises : une émotion, une présence, un instant unique.

Quels sont tes projets futurs ?
Réaliser une série plus personnelle sur le Maroc liée à ma double culture et pourquoi pas m’installer plusieurs mois dans un pays pour en faire un travail au long cours, où je serai vraiment immergée. J’ai aussi envie d’approfondir ma démarche autour de l’argentique : photographier davantage sur pellicule, apprendre le développement et le tirage.
Retrouvez son travail sur son compte Instagram et sur son site Internet.

