
MAISON ROZ BEAUTÉ SUR L’AVEN
Il existe des maisons avec une âme, qui vous réchauffent le cœur, qui vous accueillent sans compromis, peu importe qu’il faille vous dorloter, vous divertir, vous surprendre, vous rassurer. Peut-être, est-ce grâce aux heureux souvenirs construits ici, grâce au paysage droit devant qui s’étend sans jamais ennuyer quelque soit l’heure de la journée, ou bien peut-être grâce au confort de ce refuge, douillet, rassurant, spacieux sans être démesuré. Maison Roz, plantée devant l’Aven, tout au Sud du Finistère, est de ces maisons qui n’ont pas besoin de crier leurs atouts pour qu’ils soient remarqués et appréciés. Chaque heure passée ici est une invitation à ralentir et récolter avec gratitude les petits souvenirs qui se créent au rythme des marées. Maison Roz est une maison familiale, celle d’Augustin Decaux, architecte formant un ambitieux duo avec sa compagne, Elodie Dumas. Ensemble, ils sont les fondateurs de l’Agence d’architecture Wunder, basée à Rennes. Ensemble, ils ont réveillé cette bâtisse bourrée de charme et de souvenirs d’enfance, désormais disponible à la location. Maison Roz est une maison hôtelière (cinq chambres dont une dédiée aux enfants, et une sixième dans un cabanon indépendant), qui garde l’esprit libre d’une maison de famille mais avec le niveau d’attention et de confort d’un bel hôtel (literie d'exception, piscine intérieure chauffée, sauna et salon télé). La promesse est largement tenue.
Reportage photographique : @saintlouisvision
Texte et interview : @valentinecinier

PAPIER : Pouvez-vous raconter l’histoire de cette maison ? Pourquoi l’avoir renommée Roz (elle s'appelle Ker Guerard de ce que l’on voit sur la maison) ?
La maison existe depuis le XIXᵉ siècle et fait partie de la famille d’Augustin depuis les années 1860. À l’origine, c’était ce qu’on appelait un chalet de mer, une maison de villégiature construite pour profiter de la rivière et du paysage. Plusieurs générations s’y sont succédé, avec les étés en famille, les grandes tablées et la vie tournée vers l’Aven.
Effectivement depuis la rue on peut encore lire son nom d’origine, Ker Guerard, que nous avons conservé sur la façade car elle fait partie de l’histoire. Mais pour ce nouveau chapitre, nous avons choisi de l’appeler Maison Roz, en référence au port de Rosbras, ou Roz-Bras, les deux écritures cohabitent, situé juste au pied de la maison. Dans la toponymie bretonne, “roz” évoque une élévation naturelle près de la mer. L’image nous plaisait beaucoup : une maison ancrée dans son territoire mais tournée vers le large.
Augustin, avez-vous des souvenirs d’enfance dans cette maison ?
Oui, énormément. J’ai passé ici, et dans certaines maisons alentour, beaucoup de vacances quand j’étais enfant. Je passais souvent mes étés avec les cousins dans la maison à côté (qui faisait partie du même terrain). On faisait les 400 coups. Mes aïeux, aussi architectes, ont été à l’origine de la construction de quelques maisons dans les alentours. Ce sont des souvenirs très simples mais encore très forts : la cloche du pignon qui annonçait les repas, le bruit des sabots sur le chemin, les voiles sur l’Aven, les longues journées dehors le long du sentier côtier.
J’ai appris le maniement de la voile et à naviguer devant et un peu plus loin en mer, à l’entrée de l’Aven. J’avais mes petits coins de petit garçon, mes cabanes… On allait jouer régulièrement au bar sur le port au flipper. Ce sont vraiment des souvenirs d’enfance, avec ce que cela peut contenir en souvenirs : souvenirs d’odeur, de soirées familiales, de balades, de petits moments….
"La région est restée très présente dans ma mémoire. Les promenades sur les sentiers côtiers, les sorties en bateau depuis le port de Rosbras, les après-midis à Pont-Aven… C’est un paysage auquel je suis très attaché et qui a clairement influencé notre regard quand nous avons commencé à travailler sur la maison."
Comment et quand avez-vous eu l’idée de racheter cette maison et d’en faire un lieu de villégiature ?
Mon cousin qui était propriétaire de la maison avant nous voulait s’en séparer donc nous avons assez vite pensé que c’était une vraie opportunité de créer un point d’attache fort dans cette région que nous aimons beaucoup mais aussi de réaliser un petit rêve pour Elodie et moi : créer un lieu d’hospitalité à notre image, dans le prolongement de notre agence Wunder.
Mon cousin était marin, la maison était son port d’attache mais aussi comme un atelier d’entretien et de réparation de ses bateaux : il y avait des outils un peu partout dans la maison, des gilets de sauvetage, il séchait les voiles de bateau dans l’actuelle chambre des enfants sous les toits, la piscine intérieure d’aujourd’hui au R-1 est à l’emplacement d’entretien de coques de bateaux…
La maison est donc restée longtemps dans la famille mais elle avait besoin d’être profondément restaurée. Petit à petit, l’idée s’est imposée, nous voulions lui redonner une vraie vie.
Comme nous travaillons beaucoup dans l’hôtellerie, nous avions aussi envie d’expérimenter à notre échelle un format plus intime : une maison hôtelière, qui garde l’esprit libre d’une maison de famille mais avec le niveau d’attention et de confort d’un bel hôtel. Nous avons à cœur de montrer la région avec tout ce que ça comporte sur le plan culinaire, artistique, culturel, folklore, à travers cette maison de villégiature que nous avons pensée dans le moindre détail.

Vous êtes à la tête d’une solide agence d’architecture, vous travaillez notamment sur la rénovation de grands hôtels, ce projet, est-il pour vous, un projet plus singulier car personnel ? Comment avez-vous abordé ce "chantier" ?
Oui, très clairement. C’est probablement le projet le plus intime que nous ayons mené. Avec notre agence, nous intervenons souvent sur des hôtels importants, avec des équipes et des contraintes différentes. Ici, la relation au lieu était beaucoup plus directe. Nous connaissions la maison, son histoire, ses détails et avons pu y mettre toute notre sensibilité créative.
Nous avons abordé ce chantier avec la même exigence qu’un projet hôtelier, mais aussi avec beaucoup de respect pour la mémoire familiale. L’idée n’était pas de transformer radicalement la maison, mais plutôt de lui redonner toute sa splendeur tout en l’adaptant aux normes et aux usages d’aujourd’hui.

Avez-vous des photos d’archives de la maison ? Qu’avez-vous gardé de la maison d’origine ?
Oui, nous avons retrouvé plusieurs photos anciennes dans les archives familiales, des croquis aussi. Elles nous ont été très utiles pour comprendre l’évolution de la maison et retrouver certains détails. Nous avons réalisé une solide restauration technique et structurelle, afin que la construction puisse repartir sur de bonnes bases et pour un long moment.
Nous avons gardé beaucoup d’éléments existants : les volumes de la pièce principale, la grande cheminée en granit, l’escalier en colimaçon, les frises extérieures en bois (remplacées quasi à l’identique), nous avons aussi revalorisé une peinture d’origine dans la pièce de vie, une vieille porte rapportée d’Egypte par mon arrière-grand-père.
Y a-t-il eu des constructions, extensions de la maison actuelle ?
Nous n’avons pas modifié l’enveloppe extérieure de la maison à part un ravalement, le remplacement des menuiseries et des garde-corps, la création de fenêtres côté entrée. Elle a gardé sa silhouette d’origine. Même le cabanon a la même emprise au sol, même si nous l’avons complètement transformé.
En revanche, nous avons repensé la grande majorité des espaces intérieurs pour améliorer les usages, redistribué mieux les espaces, offrir à chaque chambre double sa salle de bain. La piscine et le sauna ont été installés en sous-sol pour créer un espace bien-être discret, qui permet aussi de profiter de la maison en toute saison, même en hiver.
"Nous avons imaginé une maison de famille contemporaine, chaleureuse et lumineuse, pensée comme un hommage au folklore breton que nous avons souhaité revisiter avec une approche actuelle et ouverte." Elodie Dumas
Comment s’est déroulée la rénovation de la maison ?
La rénovation s’est déroulée sur plusieurs mois voire année car évidemment, étant à la tête d’une agence d’architecture nous avons dû prioriser les projets « clients » avant le nôtre. Comme souvent dans ce type de maison ancienne, il a fallu d’abord consolider et restaurer avant de penser au projet décoratif.
Nous avons travaillé autant que possible avec des artisans et des entreprises locales, ce qui est très important pour nous. Cela permet de s’appuyer sur des savoir-faire spécifiques et de rester fidèle au caractère de la région. Mais nous avons aussi souhaité travailler avec des partenaires de confiance basés à Rennes comme nous.
Les matériaux ont été choisis dans cet esprit : du bois, du granit, des matières naturelles, mais aussi des textiles et des objets sélectionnés avec soin pour apporter chaleur et personnalité. Elodie a passé beaucoup de temps, dès la genèse du projet à chiner des pièces de mobilier ou des petits objets partout en Bretagne, en brocantes, sur leboncoin ou selency aussi.

On découvre à l’intérieur de la maison, une ambiance de maison de famille, à la fois très moderne et très chaleureuse. Quelle tonalité avez-vous donnée à Maison Roz ?
Nous avons imaginé une maison de famille contemporaine, chaleureuse et lumineuse, pensée comme un hommage au folklore breton que nous avons souhaité revisiter avec une approche actuelle et ouverte. La palette de couleurs s’inspire largement du paysage : des jaunes lumineux, des verts doux et des bleus évoquant l’Aven.
On y retrouve également des matières naturelles, des textiles riches, des objets artisanaux et quelques pièces de design (Axel Chay, USM etc.)
L’ensemble crée un dialogue entre l’esprit des maisons bretonnes traditionnelles et une écriture en phase avec les attentes de l’hospitalité d’aujourd’hui.
La maison surplombe l’Aven, un fleuve côtier qui se remplit et se vide au rythme des marées. Cela apporte une certaine sérénité assez différente de l’océan.
Comment décririez-vous l’expérience que vous avez voulu proposer à Maison Roz ?
En effet l'Aven est une de ces rivières qui a la particularité de vivre au rythme des marées. Le paysage change constamment, mais d’une manière plus douce et silencieuse que face à l’océan. Elle constitue un mélange de paysages lointains avec une grande perspective et de proximité aussi, avec une activité homérique : plaisanciers, un petit port… Il s’y passe toujours quelque chose, mais avec douceur et quiétude. Ce qui est particulièrement marquant aussi sont les couchers de soleil qui sont tous les jours différents et qui nous offrent des tableaux de couleur à l’instar des peintres impressionnistes locaux de la fin du XIXe.
Nous avons voulu créer un lieu qui invite à ralentir, contempler, se laisser bercer. C’est le sentiment que l’on a nous-même dès qu’on y pose nos valises mais aussi les premiers retours clients que nous avons eus : un sentiment d’apaisement. On peut partir marcher directement sur le GR34, prendre un bateau au port de Rosbras, lire dans le salon au coin du feu, cuisiner ensemble ou profiter de la piscine quand il fait froid dehors.
"L’idée est finalement assez simple : passer quelques jours au bord de l’eau, dans une maison confortable et soigneusement pensée, et profiter pleinement de la lumière et de la sérénité de la vallée de l’Aven."
Autour aussi, le territoire est riche de découvertes : des tables locales pleines de caractère, la possibilité de louer un bateau sur l’Aven, d’inviter un chef privé à la maison, de parcourir Pont-Aven et l’histoire de son école de peintres, ou encore de rejoindre les plages de la côte toute proche.
Pour plus d’informations : rendez-vous sur www.maisonroz.fr



