
LE PORTFOLIO DE JULIE LOU ARTHUYS
Rencontre avec la photographe française Julie Lou Arthuys. Son travail oscille entre observation documentaire et esthétique stylisée et révèle la poésie des instants ordinaires. Il réunit portraits intimistes, fragments du corps, paysages lumineux et compositions d’objets, créant des récits visuels sensibles où textures, couleurs et atmosphères occupent une place centrale. Julie Lou Arthuys présente pour PAPIER deux séries photographiques au Nicaragua et à Sao Tomé & Principe. Retrouvez plus d'informations sur son travail sur julielouarthuys.com

Peux-tu te présenter ?
Je suis Julie, j’ai 31 ans et je suis photographe. J’ai grandi à Paris dans un environnement très lié à l’image, mais je n’imaginais pas forcément en faire mon métier. J’ai d’abord travaillé dans la mode puis dans l’événementiel de luxe. L’après Covid a été un moment charnière pour moi : j’ai tout arrêté, je me suis installée au Pays basque, et j’ai choisi de me consacrer pleinement à la photographie.
Quand as-tu commencé ton travail photographique ?
La photographie a toujours été là, un peu en filigrane. J’en faisais adolescente, puis j’ai arrêté. C’est le voyage qui m’y a ramenée. J’ai ressenti très tôt ce besoin de retenir des sensations, des atmosphères. Pas seulement des lieux, mais ce qu’ils provoquent. Et surtout, l’envie de partager. De faire vivre ces endroits à travers mes images, de donner envie d’explorer à son tour, presque de s’y projeter. Petit à petit, c’est devenu une manière de regarder, puis une évidence.
Quels sont tes principaux sujets de photographie ?
Je photographie beaucoup les objets et les espaces. Des choses très simples du quotidien : une chaise, un tissu, une table, une porte, un fruit, un corps qui passe…Ce sont des éléments qu’on ne regarde pas forcément, mais qui disent beaucoup. Ils portent une présence, même quand il n’y a personne. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est ce que ces éléments suggèrent. Il y a souvent une histoire en creux, quelque chose qui a eu lieu ou qui pourrait arriver. J’aime cette idée de laisser suggérer plutôt que de montrer.
Quelle est l'importance de la couleur et de la lumière ?
La couleur attire mon regard en premier : les contrastes, les associations un peu inattendues, les matières. Elle guide le regard, elle crée des tensions mais aussi des harmonies très douces. La lumière vient ensuite envelopper l’image. Elle révèle les matières, adoucit les contrastes, installe une atmosphère. J’aime la lumière naturelle parce qu’elle a quelque chose de spontanée et de vivant. Elle révèle des fragilités.
Quels types d'espaces et de moments te touchent le plus ?
Les premières fois me touchent énormément. Le moment où l’on découvre un lieu sans encore le comprendre. Il y a une forme de regard très pur à cet instant. J’aime aussi beaucoup les lieux habités mais sans présence directe, où l’on sent que quelqu’un vient de passer. Et de plus en plus, des gestes très simples, des corps en mouvement, des moments presque imperceptibles. En voyage, le premier regard reste très important. Ce moment où tout est encore nouveau.

Qu'est-ce qui t'a amené au Nicaragua et à Sao Tomé-et-Principe ?
Le Nicaragua est arrivé assez naturellement après un voyage au Costa Rica. J’avais envie de continuer à explorer cette zone, au départ pour le surf, sans trop savoir à quoi m’attendre visuellement. C’est en photographiant que j’ai commencé à en percevoir les subtilités, et à voir la poésie dans des choses très simples. Sao Tomé-et-Principe, c’était beaucoup plus spontané. J’ai rejoint mon père sur un coup de tête. Il m’avait parlé de la richesse visuelle du lieu, et ça a été une vraie claque.
Sont-elles des destinations que tu connais bien ?
Pas du tout. J’avais entendu parler du Nicaragua et j’avais envie d’y aller avant que ça ne devienne trop touristique. Sao Tomé, je n’en avais jamais entendu parler. Mais la plupart de mes voyages sont des premières fois. J’aime cette sensation de découverte, ça me permet de rester instinctive dans ma manière de photographier. J’ai l’impression que c’est là que les images se construisent le plus librement, même si c’est quelque chose que j’aimerais encore approfondir.
Qu'est-ce qui t'a marqué lors de ces reportages ?
Au Nicaragua, j’ai été marquée par les contrastes : des paysages assez bruts, presque arides par moments, et une lumière très douce. À Sao Tomé, c’est surtout la densité : les textures, l’humidité, la végétation… tout est très enveloppant. Le pays et ses habitants m’ont aussi beaucoup marquée. Il m’a fallu quelques jours avant d’oser sortir l’appareil, de comprendre le lieu, les codes, ce qui était juste. C’est un pays très pauvre, mais avec une grande dignité et une présence très forte.
Quels sont tes meilleurs souvenirs de photographie de voyage ?
Ce sont souvent des moments très calmes. Une lumière en fin de journée, un objet déplacé, un silence. Des instants où tout semble suspendu. La photographie devient presque un prétexte pour être pleinement présente, sinon je vis toujours un peu à 100 à l’heure. Et puis il y a aussi le fait de partager ça avec mon père, qui a un regard très cinématographique. C’est une vraie source d’échange.
Quelle est la meilleure façon de décrire ton travail ?
Je photographie des scènes simples, des fragments d’histoires. Le voyage n’est pas forcément un sujet en soi, c’est plutôt un terrain de jeu. Ce qui m’intéresse, ce sont les détails, les moments presque invisibles, ce qui fait ressentir un lieu plus que de le montrer. Je cherche un équilibre entre réalité et sensation, avec une attention particulière à la matière, à la lumière et au silence. J’aime les images qui suggèrent plus qu’elles ne montrent, où il y a une présence sans qu’elle soit évidente. Je ne cherche pas à raconter une histoire de manière directe. J’essaie plutôt de créer des images où le regard reconstruit lui-même une scène.
Que veux-tu exprimer à travers tes photos ?
J’essaie de capter des moments suspendus. Je photographie souvent des lieux après le passage de quelqu’un. Même sans présence humaine, il y a toujours des indices, des traces. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de montrer une scène, mais de laisser deviner qu’elle existe. J’aime être dans l’image, pas en face : utiliser des cadres, des obstacles, des fragments. Ça crée une immersion. Et surtout, montrer qu’il y a de la poésie dans des choses très ordinaires. Qu’un objet, une lumière, un détail peuvent suffire à créer une image et donner envie de regarder autrement.
Quels sont tes projets futurs ?
Continuer à développer des reportages de voyage, en les construisant davantage et en prenant plus de temps. J’aimerais aussi travailler avec d’autres photographes, croiser les regards. Et continuer à explorer cet équilibre entre spontanéité et écriture plus construite, que ce soit en reportage, en architecture, en mode.
Découvrez le travail de Julie Lou Arthuys sur Instagram @julielouarthuys

