
• LA JOURNÉE PAPIER DE ZURI CAMILLE DE SOUZA •
C’est le retour de la journée Papier et cette fois-ci, c’est la cheffe Zuri Camille de Souza qui vous emmène dans son quotidien. On la retrouve en cuisine à @chardonarles tout le mois de mai. Découvrez sa philosophie, ses inspirations et ses convictions sur ici et sur @guidepapier.
Papier: Peux-tu retracer ton parcours en quelques mots ?
Zuri Camille : Je suis née à Goa, et j’ai grandi dans le sud-ouest de l’Inde. Je suis partie étudier aux États-Unis puis je suis rentrée travailler à Bombay dans un studio de design et de couture. Depuis sept ans, je vis à Marseille. Mon travail se situe à la croisée d’héritages culinaires multiples, et des rituels qui leurs sont associés. Je défends une cuisine éclairée et politique, respectueuse de la terre et de celles et ceux qui la travaillent. En 2022, j'étais la première cheffe en résidence à la Villa Médicis à Rome. Récemment, j’ai participé à la Biennale de Bukhara, la Biennale de Kochi, ainsi que la Biennale de Lyon. J’ai publié mon premier livre de recettes, « Là où le riz sent les fleurs de manguier » aux éditions Ulmer en 2024.
Où puises-tu ton inspiration au quotidien ?
Je suis profondément inspirée par la nature, l’eau, le soleil, la musique, la danse contemporaine et la littérature.
Quelle est la plus grande source de joie que te procure ton métier ?
Je crois que c’est de me rapprocher de la nature justement ; de considérer chaque plat comme une expression d'équilibre, de joie et de complexité.
Quelle est ta vision du voyage ?
Je trouve l’idée de voyager très complexe. En parlant de l’aventure et de son passé colonial, je pense que c’est assez clair : depuis l’Antiquité, il y a très peu d’aventuriers qui ont voyagé sans préjugés, sans notions de supériorité blanche ou occidentale ni motifs coloniaux. Nous vivons dans le Sud global dans une réalité postcoloniale, où les conséquences sur nos identités, nos conflits, nos cultures et nos éducations — nos vies, en réalité — sont influencées par des choix faits par des colonisateurs à leur époque, puis par les dégâts socioculturels et économiques laissés une fois qu’ils ont été expulsés de nos terres. Nous pouvons aussi voir ces tropes se répéter aujourd’hui avec le tourisme, et c’est très gênant pour moi : la facilité socio-économique et administrative des personnes occidentales à voyager partout dans le monde ; l’aisance à traverser les frontières ; à monter des projets à l’étranger ; à se sentir accueillies… Je pense que je réclame simplement une manière de voyager qui soit à la fois informée et sensible, sans perdre la beauté de l’aventure, mais en remplaçant l’idée de découverte par celle d’apprentissage, car personne ne découvre vraiment quelque chose de nouveau d'un endroit, un peuple, une culture… Je pense qu’à chaque fois, c’est nous qui apprenons.
Que penses-tu de Papier ?
J’aime beaucoup l’intention de proposer une forme de voyage, plus ancrée dans la douceur et le temps lente.
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